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"Je suis nouveau mais je me soigne" Saint-Joseph de Tivoli

Entretien avec Dominique Gérard, le nouveau directeur de Saint-Joseph de Tivoli

Isabel Jubin : De Nancy à Bordeaux, en passant par Paris et Marseille, ton itinéraire professionnel t’a conduit à rencontrer des paysages bien différents , des tutelles différentes principalement congréganistes : Assomptionniste, Compagnie de Marie Notre-Dame, et même une tutelle diocésaine. A présent Jésuite. Comment vis-tu ce kaléidoscope ? Comme un empilement ? un puzzle ? une imbrication ?

Dominique Gérard : J’ai surtout vu la chance que j’avais d’avoir chaque fois des éléments forts de la pédagogie que j’ai gardés. Ainsi, les mots–clefs du projet Assomptionniste : « christianisme de l’intelligence ; agir avec audace et humilité ; développer un regard positif sur le monde ». De Sainte- Marie : « Prendre l’élève là il en est , l’accompagner avec bienveillance et humilité » que je retrouve dans le projet Ignatien : conduire l’élève au Magis et toute la demande d’intériorité et relecture .

IJ : Quelle a été ta première décision en arrivant à Tivoli ?

DG : Dès mon arrivée, j’ai proposé deux lignes forces pour l’année : Redonner sens et raison pour lesquels les élèves se forment en milieu scolaire. Montrer les signes d’espérance qu’ils reçoivent parce qu’ils sont en Christ. Nourris de toutes ces spiritualités, continuer à réfléchir. Je remarque que l’accompagnement des chefs d’établissements est bien plus fort dans les tutelles congréganistes. Ce que je n’ai jamais senti comme cela dans les tutelles diocésaines.

IJ : comment t’es-tu préparé à entrer dans le réseau ?

DG : Le réseau, je le connais depuis 27 ans. J’ai fait une première retraite Ignatienne à Clamart puis au Châtelard, une autre à Angoulême et une autre à Bordeaux. Ces moments de relecture ont été réguliers dans ma vie.

IJ : Tu dirigeais auparavant un établissement voisin, as-tu l’impression d’avoir affaire aujourd’hui à une population sociologique différente ?

DG : Il y avait un milieu plus mélangé dans mon ancien établissement : la cour de récréation reflétait la société. Ici, c’est le quartier de Tivoli où le mélange est moins net. Je suis soucieux de donner à l’établissement une vraie dimension sociale. C’est une des orientations fortes de ma lettre de mission. Nous pouvons nous appuyer sur la force de Tivoli pour y adosser un engagement vraiment social, nous devons accentuer le travail de le l’AFEP-Tivoli. Le PAS est déjà une manière d’impliquer les élèves dans les milieux associatifs. Avec ces trois questions permanentes : « qu’est-ce que j’ai fait ? qu’est–ce que ça m’a fait ? Qu’est-ce que j’en fais ? »

IJ : Pourquoi crois-tu que tu as été choisi pour cette nouvelle mission ?

DG : Mon arrivée à Tivoli n’est pas une coïncidence mais un aboutissement presque programmé. C’est une cohérence dans mon parcours qui dépasse le cadre du travail. Ma vie professionnelle et personnelle (car ma femme est très investie elle aussi) sont sur la même ligne. Ajoute à mes expériences pédagogiques cumulées, le fait que j’ai eu la chance de mener des projets qui ont abouti et qui ont joué en ma faveur. Par exemple, la construction d’une école à Marseille en lien avec les Orphelins d’Auteuil, l’ouverture de sections nouvelles.

IJ : Un large pourcentage des Chefs d’établissements sont plutôt des littéraires de formation, or nos établissements sont des entreprises du « troisième type », des petites PME. Comment tes formations philosophique et théologique t’ont-elles préparé à assumer ces lourdes et successives responsabilités ?

DG : Mes formations théologique et philosophique se sont déroulées conjointement et elles m’ont donné une grande force pour prendre le recul nécessaire dans des situations épineuses (par exemple lors de présence agressive syndicale). Sans ce recul je n’aurais pas réussi certains challenges. Avant certaines interventions devant les parents ou les professeurs, je prends le temps d’une réflexion spirituelle. J’ai toujours sur moi une icône de la Trinité de Roubliev.

Et puis la formation d’ASFODEL de grande qualité m’a beaucoup aidé. Sur le plan juridique, j’ai étudié le Droit Canon, et puis j’ai eu des collaborateurs de qualité.

IJ : Quelle est la première chose qui t’a frappé en arrivant à Tivoli ?

DG : La chaleur de l’accueil comme je n’en avais eu dans aucun autre établissement. Des personnes ouvertes qui me disaient « vous pouvez compter sur nous » aussi bien des professeurs que les membres du personnel. C’est avec cette collaboration que l’on peut faire avancer la maison. Avec Sébastien Vaast sj, déjà à Tivoli lors de sa régence, nous montons un centre spirituel pour les adultes et pour les élèves. Il est important d’avoir un lieu de ressourcement, de relecture et d’accompagnement. C’est un projet qui avait déjà été pensé par Michel Grac et je m’y engouffre avec bonheur. J’ajouterai que je suis très favorable à cet autre projet qui donnerait de la cohérence et de la visibilité au post-bac des différents établissements ignatiens tout en les mettant en réseau pour plus de partage d’expérience. Enfin pour conclure, je dirai que je suis nouveau mais je n’ai pas besoin de me soigner !!