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Quinze ans de pastorale à Ginette

Relectures d’un aumônier en fin de mandat, après quinze ans de pastorale à Versailles au lycée Sainte-Geneviève (dit Ginette) par Françoise Cessac

Voilà 15 ans maintenant que j’ai postulé pour être animatrice en pastorale à « Ginette », et je suis devenue « aumônier ». Une grande aventure dont on ne part pas sans souvenirs, mais surtout pas sans changements intérieurs. Ni grande théologienne, ni experte en bible, j’arrivais avec une expérience du scoutisme, de « dame caté » et de mère de famille : accompagnement de jeunes dans d’autres lieux et d’autres circonstances, rencontres de jeunes ponctuelles, camps scouts, préparation aux sacrements… Mais ici à Sainte-Geneviève, je me trouvais à faire tout cela en même temps.

Sur les traces de saint Ignace

La première année, j’ai demandé à Maurice Joyeux, alors aumônier de l’école, comment connaître mieux la spiritualité ignatienne, il m’a répondu, « viens faire la marche de Manresa, cet été avec nous, c’est par les pieds que tu rencontreras Ignace ». Merci à lui pour cette invitation. J’ai découvert en effet à travers cette marche espagnole les grands principes d’Ignace. Ces principes, je les connaissais un peu, déclinés avec d’autres mots par le scoutisme ; ici ils prenaient une autre réalité.

Une parole

Les jeunes que nous côtoyons à Ginette sont des jeunes très brillants dans leurs études. Ils espèrent le meilleur, à savoir les plus grandes écoles pour le plus bel avenir et beaucoup d’entre eux y parviennent. Que peut-on leur apporter de plus pendant qu’ils s’y préparent ? Quand on me pose cette question je réponds ainsi : « mon projet pour eux est qu’ils deviennent des hommes et des femmes debout qui sauront regarder et écouter les autres avec bienveillance, et qui s’engageront activement dans la vie communautaire, citoyenne, voire pastorale dans leur vie d’adulte ». Tout un programme, et beaucoup d’ambition, mais c’est là tout l’enjeu de notre travail.

Groupe de jeunes

On ne sait jamais ce que l’on sème, une simple parole peut aider l’un ou l’autre. Je me souviens par exemple d’une conversation lors d’une grande manifestation dans l’école : un jeune ancien est venu me rappeler l’un de nos entretiens et une parole que je lui avais dite, elle l’avait aidé dans la suite de ses études et de sa vie. Je rends grâce pour de tels retours. Or, durant ces 15 ans, j’ai eu le bonheur de rencontrer beaucoup de jeunes, on peut dire, d’assez près. À 17 ans, ils sont pleins d’espérance et souvent trop certains que tout ira bien et qu’ils atteindront leur but. Viennent les déceptions et leurs fragilités apparaissent.

Entretien personnel

C’est l’une des grandes découvertes de mes années « Ginette », l’accompagnement personnel de chacun par l’aumônier, parallèlement au préfet des études : un entretien programmé à l’instar d’une « colle » de maths ou de physique, la « colle aumônier » pour parler comme les élèves. Un moment précieux : peu de jeunes ont ainsi en effet l’occasion de parler gratuitement avec un adulte. Ils sont ici écoutés sans jugement, ni évaluation, en toute confiance. De leur environnement familial jusqu’à leurs convictions spirituelles, tout peut être abordé dans la plus grande liberté.

Des événements

Parmi les nombreux événements vécus à Ginette, j’en cite quelques-uns : l’accompagnement vers la confirmation et parfois le baptême (5 en 15 ans). Quelle émotion de voir de jeunes adultes assumer devant tous leur foi en Jésus-Christ ! L’accompagnement des retraites de fin d’années, moments privilégiés de relecture. Le « pélé » de Chartres et sa veillée que j’ai laborieusement préparée chaque année avec des élèves qui m’ont parfois fait trembler et en définitive toujours émerveillée. Cinq semaines en Inde avec une vingtaine d’élèves de 2e année. La vie en immersion complète dans ce beau pays, la rencontre avec le Père Pierre Ceyrac. Les couleurs, les odeurs, les épices… et surtout des élèves heureux de servir.

Rendre grâce

Tous, sans aucun doute, resteront dans ma mémoire, mais je veux mentionner tout spécialement les « Rab et Rabinette ». Ces deux élèves (par classe) font le lien entre l’aumônier et les autres. On les rencontre régulièrement pour, avec eux, encadrer, animer et faire avancer la classe entière. J’ai admiré souvent leur sens des responsabilités. Je rends grâce sincèrement pour ces quinze années à leur contact et à leur service.

Françoise Cessac, Aumônier