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Plus d'élèves modestes que d'élites chez les jésuites !

Aujourd’hui le nombre d’élèves d’origine modeste qui fréquentent les salles de classe des institutions de la Compagnie est bien supérieur à celui des élèves aisés. Vrai ? Faux ? En fait, une réalité à reconnaître et à valoriser selon le secrétaire de la Compagnie de Jésus pour la Jstice sociale et l’Ecologie

La Compagnie s’est consacrée à l’éducation depuis l’époque de saint Ignace. Au fil de l’histoire, la tâche éducative des jésuites a gagné un prestige considérable, à tel point qu’actuellement la Compagnie de Jésus constitue une référence de qualité internationale en termes d’éducation.

Ce prestige a été accompagné de fréquentes critiques d’élitisme, ce qui revient à dire que l’éducation de la Compagnie a été historiquement destinée aux classes les plus puissantes. Il est certain qu’à la suite de la restauration de la Compagnie en 1814, la majeure partie des centres éducatifs a dû recourir aux subventions des familles des élèves pour couvrir leurs frais. Et cela a eu pour conséquence que seules quelques familles purent accéder à cette éducation. Pendant de nombreuses années et dans de nombreuses régions, cette réalité était considérée comme inévitable. Cependant, une telle pratique ne correspondait pas à la tradition de la première Compagnie qui s’était efforcée de financer les Collèges – un engagement particulier de Saint Ignace – de telle sorte que les enfants puissent fréquenter les établissements indépendamment de leurs moyens.

En 1955, un fait singulier se passa dans un quartier pauvre de Caracas : Abraham Reyes, maçon et père d’une famille pauvre avec huit enfants, offrit au Père Vélaz sj un ranch qu’il avait construit avec sa femme et de ses propres mains, afin qu’il fonde une école. Reyes dit au Père, « Tu sais, ici nous avons beaucoup de problèmes : des problèmes d’eau, de lumière… ils sont innombrables. Mais le problème le plus grave que c’est qu’en raison de tout cela il n’y a pas d’école ici et que les enfants n’ont nulle part où aller étudier ». Cet homme offrit son ranch pour en faire une école et le P. Velaz se chargerait de faire venir les éducateurs. C’est ainsi que commença ‘Fe e Alegria’, une institution qui a construit et mis en marche une quantité innombrable d’écoles dans toute l’Amérique latine, portant l’éducation « là où prend fin l’asphalte ».

De façon symbolique on pourrait dire que c’est à ce moment que commence l’énorme effort que la Compagnie a déployé durant les dernières décennies pour faire parvenir sa tradition et ses connaissances dans le domaine de l’éducation aux personnes marginalisées. Un effort qui s’est réalisé simultanément dans de nombreuses régions – bien qu’avec des caractéristiques particulières dans chaque lieu – et qui fait qu’aujourd’hui le nombre d’élèves d’origine modeste qui fréquentent les salles de classe des institutions de la Compagnie est bien supérieur à celui des élèves aisés. Une réalité à reconnaître et à valoriser.

Il faut également signaler que cet effort énorme déployé sur une période limitée historiquement, n’aurait pas été possible sans la collaboration généreuse et créative d’une infinité de congrégations religieuses féminines et de nombreux groupes laïques, auxquels s’ajoutent les familles et les élèves — masculins et féminins – qui avec enthousiasme ont voulu être éduqués et qui ont collaboré à la construction et à la vie d’un grand nombre de ces écoles qui reflètent souvent la personnalité et le dynamisme de ces personnes. Il en résulte donc que cette œuvre ne peut être attribuée uniquement à la Compagnie ; c’est un fruit collectif et cela en fait en grande partie sa grandeur. Au fond c’est un don de Dieu qui a permis aux Jésuites de participer à la dynamique de la vie.

Le présent numéro de Promotio Justiciae (dont vous trouverez l’essentiel des articles sur ce site) met en évidence la réalité de l’éducation qu’offre la Compagnie aux marges du monde, et qui est parfois peu connue des jésuites eux-mêmes. Ce numéro se concentre sur les initiatives qui en raison de leur importance sont les plus significatives : Fe y Alegria, l’éducation des dalits – intouchables – et des autochtones en Inde et celle offerte par le Service jésuite aux réfugiés. Elle rassemble également quelques réseaux spéciaux, comme Cristo Rey aux États-Unis ou la SAFA en Espagne qui s’efforcent d’offrir une éducation de qualité aux secteurs populaires. Enfin, nous avons inclus quelques expériences des centres éducatifs destinés aux plus pauvres, dans des régions où seules sont présentes des écoles individuelles et où ces réseaux n’existent pas. De son coté, le Secrétaire chargé de l’Éducation de la Compagnie, le P. José Alberto Mesa sj, a rédigé un premier article qui offre un panorama historique et mondial de l’éducation populaire.

Il est certain qu’il existe encore d’autres réalités à montrer, un objectif à poursuivre d’une façon plus systématique, mais qui dépasse les possibilités de la revue. En tout cas, ces pages peuvent aider à offrir une première vue panoramique de l’éducation aux marges du monde que la Compagnie avec bien d’autres personnes offre à l’actualité.

Patxi Álvarez sj

Secrétaire pour la Justice sociale et l’Ecologie

Original espagnol

Traduction Elizabeth Frolet

Source :

http://www.sjweb.info/sjs/

Pour télécharger l’intégralité du numéro

http://www.sjweb.info/sjs/pj/index.cfm?PubTextId=14026