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Le souci de la personne : cura ou care ?

Suite de notre exploration du Hors-série Christus sur la pédagogie ignatienne avec ce troisième article. Certes c’est une manière de vous mettre l’eau à la bouche ! Mais plus sérieusement, c’est surtout une façon de nous mobiliser les uns les autres pour nous approprier notre tradition éducative pour mieux accomplir la mission qui nous a été confiée.

Pour en savoir plus sur le Hors-Série Christus

Voici trois paragraphes tirés de l’article du Michel Garot. Ils reviennent sur une originalité fondamentale de la pédagogie jésuite qui est très à la mode en ce moment dans le monde du coaching venu d’outre-atlantique. Nous faisons suivre chacun de quelques questions pour aider à une assimilation personnelle de ce qui est dit.

Extrait de l’article de Michel Garot, "Le souci de la personne", Christus n°230 HS, p.99-101.


Michel Garot est chef d’établissement de Saint-Joseph d’Avignon et membre de l’équipe élargie du CEP-Ignatien.


La nouveauté du care

Avec le temps qu’il faut pour traverser l’Atlantique, l’éthique du care - capacité à prendre soin d’autrui, à se soucier de l’autre - entend donner ce supplément d’âme qui fait défaut aux discours politico-économiques, aux pratiques organisationnelles et managériales. Cette (re)découverte de l’autre appréhendée dans la relation sensible, voire émotionnelle, répond à la dénonciation d’un monde uniforme et complexe perçu comme une menace, ou, paradoxalement, à la solitude ressentie dans les rassemblements de masse. Bref, la tendance est à la reconnaissance et à l’accompagnement de la personne dans son environnement et plus précisément dans sa vulnérabilité.

  • Quels éléments répondant à cette redécouverte du care puis-je pointer dans mon environnement professionnel, familial, associatif ou autre ?
  • En relisant mes années d’enseignement, qu’est-ce que je repère comme évolution en terme de capacité à prendre soin d’autrui ou à se soucier de l’autre, dans les établissements où j’ai travaillé, dans les relations avec les élèves, etc. ?
  • La dernière phrase souligne l’importance accordée aujourd’hui à la vulnérabilité des personnes. En suis-je témoin, autour de moi, pour moi et en moi ?

La tradition de la cura personalis

La cura personalis caractérise la relation de compagnonnage du retraitant et de l’accompagnateur dans la pratique des Exercices Spirituels. Elle est attention à la personne dans l’échange réciproque entre celui qui "donne" les Exercices et celui qui les "reçoit". Celui qui les donne doit créer, en étant attentif au contexte et avec le plus grand bienveillance, les conditions d’une rencontre toujours en devenir sans (s’)imposer ni faire écran ; celui qui reçoit doit modestement accepter l’accompagnement de l’autre pour s’orienter lui-même en toute liberté... La pédagogie de la démarche est devenue démarche pédagogique, manière de procéder des disciples d’Ignace dans toutes leurs tâches, particulièrement dans l’œuvre éducative : accompagner la personne pour qu’elle devienne elle-même et procède ainsi librement à des choix qui la conduisent "davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés", à savoir "louer, respecter et servir Dieu Notre Seigneur, et par là sauver son âme".

  • Le paragraphe commence par décrire la relation humaine qui s’engage entre deux personnes au cours d’une retraite spirituelle à partir des Exercices de saint Ignace. Comment éclaire-elle mon expérience personnelle de la relation professeur-élève ?
  • "Accompagner la personne pour qu’elle devienne elle-même" : cela rejoint-il ma pratique de l’accompagnement des élèves ?
  • La fin du paragraphe reprend une citation des Exercices Spirituels de saint Ignace de Loyola pour parler de la finalité de l’accompagnement. Comment, avec mes propres mots, et d’après mon expérience, pourrais-je reformuler cette finalité ?

L’expérience de l’altérité

La finalité de la cura - expérience de l’altérité - n’est pas le résultat d’un parcours mais se reçoit elle-même comme don irréductible aux conditions de sa réception. Sur de chemin qui pourrait être celui d’Emmaüs, les compagnons de route sauront que la reconnaissance de Dieu est donnée et ne dépend ni de la route prise ni de la direction, simplement de la conversation qui laisse place à Celui qui s’invite "entre" les compagnons. Pour l’éducateur, il s’agit d’accueillir le jeune tel qu’il est, de le reconnaître personnellement ; de faire en sorte , dans le respect de sa vie privée, qu’à chaque étape de son développement, il s’approprie, à son rythme, selon ses possibilités, en fonction du contexte, les expériences intellectuelles, affectives, spirituelles vécues souvent dan un rapport d’extériorité ou d’imitation où chacun se croit libre en inventant la façon dont il ressemblera aux autres.

  • L’expérience de l’altérité est ce qui, selon Michel Garot, différentie la cura du care. Qu’est-ce que je mettrais personnellement sous ce mot d’altérité ?
  • La libre reconnaissance de la personne est aussi un des signes forts de la cura. Comment ce terme de reconnaissance résonne-t-il dans mon expérience ?
  • La dernière phrase de ce paragraphe dresse comme une charte de l’éducateur. Ce qui est dit me donne-t-il des points de repères pour avancer dans ma manière de prendre soin des personnes qui me sont confiées ?