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L'école dans la dynamique missionnaire : la tutelle

Voici un article écrit par Bruno Tessier, responsable de l’équipe nationale de tutelle, et par Thierry Lamboley sj, délégué du Provincial pour les établissements scolaires. Il a été publié dans la revue internationale de catéchèse et de pastorale, Lumen Vitae, en juillet 2015.

L’école catholique en France dans la dynamique missionnaire : la tutelle

Lorsque l’école catholique était totalement dirigée par des religieuses et religieux, la question de la tutelle ne se posait pas comme aujourd’hui puisque la mission ecclésiale était incarnée par le (a) religieux (se) qui était envoyé (e) par l’évêque ou le (a) supérieur (e) majeur (e). Ce n’est que dans les années 1970 que cette notion s’est progressivement intégrée dans le langage propre à l’école catholique par le biais d’instructions relatives à la nomination et l’envoi en mission des premiers chefs d’établissements laïcs succédant aux religieux (ses).

Aujourd’hui, quarante ans plus tard, la tutelle se retrouve au quotidien de la vie des établissements scolaires et des instances diocésaines sous des formes variées : autorité de tutelle, service de tutelle, exercice de la tutelle, conseil de tutelle, visite de tutelle, dévolution de tutelle… toutes correspondant à des directives, des obligations réglementaires ou à des moyens mis en œuvre permettant de s’assurer principalement de la dimension chrétienne des projets éducatifs. L’enjeu est aussi de s’assurer de l’intégration par les établissements scolaires catholiques des orientations pastorales du diocèse et de celles des congrégations religieuses dans le cas des tutelles congréganistes. Le statut de l’Enseignement catholique en France de 2013 consacre à la tutelle un plein chapitre soit 4 pages pour 50 articles1. Tous ne seront pas repris ici - les lecteurs de cette revue pouvant les consulter aisément - mais quelques passages parmi les plus significatifs seront rappelés. Nous verrons un peu plus précisément dans un deuxième temps comment la tutelle est exercée et se vit dans le cadre d’Ignace de Loyola-Education2.

Plusieurs aspects peuvent éclairer la diversité des réalités qui sont directement ou indirectement concernées par la tutelle au sein de l’école catholique d’aujourd’hui :

  • Le lien avec l’Eglise de France
  • La diversité des charismes des congrégations
  • La dimension diocésaine et la place prépondérante de l’évêque dans l’école catholique - réaffirmée depuis maintenant une dizaine d’année - ayant abouti au statut de 2013.
  • Un nouvel espace de rencontre commun aux tutelles diocésaine et congréganistes : la conférence des tutelles.
  • « L’histoire en chemin », celle qui est en train de s’écrire aujourd’hui par la Compagnie de Jésus. A bien des égards, elle est représentative de l’engagement et de l’organisation de nombreuses tutelles congréganistes en France regroupées au sein de l’URCEC3

Le lien avec l’Eglise

« Une école catholique reçoit sa mission de l’Église, qui est au principe de sa fondation. C’est par l’autorité de tutelle que lui est donnée une existence ecclésiale. Tout établissement catholique d’enseignement relève donc nécessairement d’une autorité de tutelle, mandatée ou agréée par l’évêque du lieu. (…) L’autorité de tutelle est toujours exercée par une personne physique ».4

Aujourd’hui les établissements catholiques d’enseignement sont repérés par leur « regroupement » en deux grandes catégories : les établissements sous tutelles diocésaines et les établissements sous tutelles congréganistes. La première catégorie dépend en totalité de l’évêque, l’autorité étant exercée par son (sa) directeur (trice) diocésain (e). La seconde catégorie comprend les différentes congrégations religieuses parfois locales ou régionales, parfois nationales ou internationales. Dans ce cas l’autorité est assurée par les supérieurs majeurs qui de plus en plus (eux aussi) en délèguent l’exercice à un ou plusieurs délégués (selon la taille du réseau), majoritairement des laïcs. Si cette séparation tutelle congréganiste/tutelle diocésaine est bien réelle, tous les établissements sont appelés à travailler ensemble et le statut demande que « tous veillent à ce que leurs divers établissements s’inscrivent dans les orientations pastorales définies par l’évêque pour son diocèse »5.

Une grande variété de charismes à entretenir

Pourquoi désirer aujourd’hui maintenir ces deux catégories alors qu’il semblerait plus simple de fédérer la totalité des écoles catholiques quelles que soient leurs origines et la nature de leurs fondations ?

Parmi les principales raisons, on peut mettre en avant le charisme comme moteur de l’Evangélisation en milieu scolaire. Le pape François en a donné toute sa signification lors d’une homélie le 1er octobre 2014 :

« L’expérience la plus belle est de découvrir de combien de charismes différents et de combien de dons de son Esprit le Père comble son Église ! Cela ne doit pas être vu comme un motif de confusion, de malaise : ce sont autant de cadeaux que Dieu fait à la communauté chrétienne, pour qu’elle puisse croître harmonieusement, dans la foi et dans son amour, comme un seul corps, le corps du Christ ».6

Les écoles catholiques ont été fondées le plus souvent par des religieux (ses), ici un prêtre de campagne, là une Soeur désireuse de « faire quelque chose pour les filles » là encore un autre religieux sensibilisé plutôt aux enfants des quartiers pauvres des villes qu’il voulait instruire… Beaucoup de ces fondateurs (trices) d’un temps de notre histoire sont devenus par la suite des saintes et des saints de l’Eglise catholique. Tous ont eu des « intuitions fondatrices » et ont initié des bases éducatives reconnues au moment de la fondation de l’œuvre qu’ils (elles) ont créée. Ces « intuitions » sont devenues au fil du temps des traditions éducatives spécifiques. Ces fondateurs (trices) ont suscité le plus souvent de très nombreuses vocations au cours de l’histoire jusqu’à nos jours et la transmission de ce charisme s’est faite « naturellement » de générations en générations au sein de chaque institut, ordre religieux ou congrégation.

Oui mais aujourd’hui le contexte a changé. Là où Sœurs, Frères et Pères dirigeaient, enseignaient et éduquaient, ont pris place des laïcs qui ne sont plus « statutairement » au regard de l’Eglise dans une même « légitimité » de transmission et surtout d’autorité. Il y a donc eu nécessité pour l’Eglise d’encadrer cette évolution inévitable pour accompagner un changement qui peut permettre de maintenir ce patrimoine éducatif, pédagogique et spirituel.

Qui dans l’école catholique ne connaît pas les Assomptionnistes, les Dominicains, les Vincentiens, les Salésiens, les Ursulines, les Lassaliens, les Maristes, les Soeurs de, les Frères de… ? Chacune, chacun a construit un peu de « sa maison » et continue - dans ses spécificités propres - à apporter sa pierre à l’identité de l’école catholique dans l’Eglise mais aussi dans la société d’aujourd’hui. Chacun le fait parfois encore par une présence physique de religieux (ses) mais le plus souvent par des laïcs au travers des projets pédagogiques, éducatifs ou pastoraux, dans la complémentarité des niveaux de formations proposés et la diversité des populations accueillies.

Faute de nouvelles vocations religieuses en nombre suffisant, faire le choix d’éroder, de diluer puis fondre ce patrimoine congréganiste dans un « pot commun » aurait assurément tari les sources spirituelles, privé d’expériences variées dans le domaine pédagogique et diminué la diversité des sentiers éducatifs proposés aux familles qui font aujourd’hui le choix de l’Enseignement catholique. Cela aurait été aussi un contresens dans la société du XXIème siècle à la recherche de repères adaptés et de projets différents et complémentaires permettant au plus grand nombre de construire positivement sa vie de femme et d’homme. Les Supérieurs (es) majeurs (es) de la CSMF7 et de la CSM8 à l’initiative de l’Union des Frères Enseignants n’ont donc pas voulu éteindre ces flammes et c’est - entre autre - pour cela qu’ils ont créé l’URCEC 9en 2006.

La place de l’évêque et l’organisation diocésaine

Dans chaque diocèse, l’évêque nomme un directeur diocésain, reconnu aussi depuis 2013 comme délégué épiscopal à l’enseignement catholique10. Il a la double charge d’exercer l’autorité de tutelle pour les établissements sous tutelle diocésaine et de diriger l’ensemble des activités diocésaines au service de tous les établissements scolaires catholiques (service de l’emploi, pastorale, service de psychologie, Immobilier scolaire, Solidarité entre établissements, liens avec l’Académie et le Rectorat…) Chaque Direction Diocésaine de l’Enseignement Catholique (DDEC) est placée sous l’autorité du directeur diocésain qui anime lui-même une équipe dont la taille dépend de l’étendue du diocèse et du nombre d’établissements à accompagner, animer et coordonner entre eux.

« Dans l’exercice de sa responsabilité sur toutes les écoles catholiques de son diocèse, l’évêque constitue le directeur diocésain comme son délégué à l’Enseignement catholique. À ce titre, le directeur diocésain reçoit mission d’assurer, dans ses responsabilités professionnelles, la coordination de l’ensemble des écoles catholiques, quelle qu’en soit la tutelle, et d’animer le réseau des établissements présents dans le diocèse, afin de favoriser cohérence et communion. Il veille, au nom de l’évêque, à ce que les écoles catholiques mettent en œuvre la mission éducative de l’Église au sein de l’Église diocésaine »11.

C’est pour cette raison que tous les établissements versent des cotisations de fonctionnement et de solidarité à la direction diocésaine de l’enseignement catholique - sachant que la majorité des établissements sous tutelles congréganistes versent également une cotisation à leur tutelle pour l’exercice de celle-ci. Les tutelles congréganistes sont représentées à tous les échelons de l’organisation diocésaine et associées aux décisions d’ouverture ou de fermeture de classes ou d’écoles ou aux propositions de nomination des maîtres du 1er et second degré ainsi que pour les autres dossiers d’intérêt commun.

La conférence des tutelles : Un nouvel espace partagé présidé par l’évêque

Abandonner l’autonomie voire l’indépendance de « son » établissement, renoncer à la concurrence avec d’autres écoles catholiques proches géographiquement au profit d’une connaissance réciproque, d’expériences mutualisées, de réflexions partagées, de nouvelles orientations éducatives pensées et réfléchies ensemble, relocaliser des écoles voire en créer d’autres dans de nouvelles zones géographiques à la périphérie des grandes villes… voilà quelques enjeux auxquels doivent répondre les conférences des tutelles crées par le nouveau statut. Depuis 2013, la conférence constitue le lieu - à la fois significatif par sa composition (toutes les tutelles sont présentes) et réel par son action - de la pluralité des œuvres éducatives au sein de l’Eglise aujourd’hui. La volonté de lui donner un rôle significatif est telle que le statut a prévu, dans chaque diocèse que la conférence se réunisse deux fois par an.12

« Puisque l’évêque veille sur les écoles catholiques de son diocèse par l’intermédiaire des tutelles et avec leur concours, il réunit et préside une Conférence des tutelles. Elle permet à l’évêque de présenter et d’enrichir les orientations qu’il souhaite donner à l’Enseignement catholique de son diocèse et de veiller à la cohérence entre les projets des différentes tutelles (…) Ces rencontres permettent aux tutelles de partager sur leurs projets, leurs initiatives, les perspectives de développement des écoles sous leur responsabilité, leurs visites de tutelle et les recrutements qu’elles envisagent. Tous collaborent afin de favoriser la complémentarité des divers réseaux au service de la mission commune ».

Une tutelle congréganiste : Ignace de Loyola-Education.

Chaque tutelle congréganiste a la liberté d’organiser son service de tutelle en fonction de sa tradition propre, son histoire, sa taille et ses moyens, chacun ayant le souci de le faire en conformité avec ce qui est précisé dans le statut de 2013.

La collaboration dans la mission

De son côté l’engagement de la Compagnie de Jésus dans la tâche de formation et d’éducation des jeunes a d’abord été réaffirmé solennellement par le Provincial de France en 2006. Un peu plus tard, la 35ème congrégation générale réunie à Rome a rappelé la priorité de l’éducation13 dans les missions de la Compagnie et invité toutes les Provinces à développer la collaboration avec les laïcs. Voici la conclusion du décret n°6 :

« A son époque, Saint Ignace a donné refuge aux sans-abris de Rome, s’est occupé des prostituées et a fondé des foyers pour les orphelins. Il a cherché des collaborateurs et mis sur pied avec eux des organisations et des réseaux pour pérenniser ces oeuvres et beaucoup d’autres services. Pour répondre aujourd’hui aux besoins pressants de notre monde complexe et fragile, beaucoup de bras s’avèrent incontestablement nécessaires. La collaboration dans la mission est notre réponse à cette situation : elle est l’expression de notre véritable identité́ comme membres de l’Eglise, de la complémentarité́ de nos différentes vocations à la sainteté de notre responsabilité mutuelle à l’égard de la mission du Christ et de notre désir de nous joindre à toutes les personnes de bonne volonté́ au service de la famille humaine et du Royaume de Dieu qui vient. C’est une grâce qui nous est donnée en ce moment ; une grâce en cohérence avec notre manière jésuite de procéder ».

Le réseau Ignace de Loyola-Education

Cette dynamique renouvelée a conduit en France, en 2008, à la refondation profonde du réseau national des établissements scolaires. Le réseau Ignace de Loyola-Education constitue la pièce maîtresse du dispositif de tutelle car il met en lien directement la Compagnie de Jésus elle-même avec les établissements scolaires. Cette organisation en réseau est la concrétisation par la Compagnie de Jésus d’une volonté d’agir au sein des établissements scolaires au service de l’Eglise et du monde et de le faire en cohérence avec les autres missions jésuites14. Cette identité appelant tous les établissements à travailler ensemble, donnant une vision commune à tous les établissements et une visibilité à l’extérieur du réseau s’est réalisée deux ans plus tard sous la forme d’un texte-cadre intitulé « les caractéristiques d’un établissement scolaire jésuite ». Il est présenté un peu plus loin dans cet article.

L’Assemblée Générale d’Ignace-Education, comprend environ quatre vingt membres : les chefs d’établissement, les présidents des conseils d’administration des associations locales, les présidents des conseils d’administration des associations propriétaires, les représentants de la tutelle dans les CA, les jésuites travaillant dans les établissements qui le souhaitent ainsi que des membres actifs (APS, cadres éducatifs, professeurs…) des établissements désireux de s’investir à ce niveau. L’assemblée générale se réunit annuellement pendant deux jours. C’est elle qui a pour mission de préparer, amender et voter les textes qui précisent les orientations éducatives et pastorales et l’organisation administrative et financière du réseau.15

L’association joue un rôle de fédérateur et d’animateur de projets entre tous les établissements scolaires. Elle est le support juridique et donne les moyens au service de tutelle de remplir sa mission. Ignace-Education est présidée par un Père Jésuite, délégué du Provincial aux établissements scolaires et le service de tutelle est placé sous la responsabilité d’un laïc. Chacun des 14 établissements scolaires du réseau (comprenant au total 21000 élèves) a constitué une association locale responsable, composée de laïcs et de jésuites (quand ils sont encore présents localement) qui, soit y exercent une fonction professionnelle, soit acceptent de participer activement à la vie de cet établissement. Chaque association est garante sous l’autorité de son chef d’établissement - qui a reçu mission de la tutelle – et de son (sa) président (e) des orientations pastorales, pédagogiques, administratives et financières de l’établissement.

Le réseau se divise en trois régions (Nord, Centre et Sud). La dynamique régionale permet aux établissements de vivre entre eux des relations privilégiées de soutien et d’enrichissement, de partager leurs expériences et de s’entraider. Le réseau régional a pour vocation de favoriser les liens interpersonnels en organisant des rencontres et d’échanges voire de proposer des animations comme le théâtre ou des spécialités propres à l’origine de l’éducation jésuite comme la disputatio16.

Pour sortir des certitudes installées dans les établissements scolaires et proposer de nouveaux champs d’action plus en lien avec les missions de la Compagnie de Jésus, seule une impulsion nationale initiée par le Provincial lui-même pouvait entraîner les établissements scolaires à se questionner sur leurs habitudes, la pertinence de leurs pratiques et une réflexion sur les élèves accueillis. Dès 2008, le Père général de La Compagnie de Jésus, depuis Rome, invite tous les acteurs directement concernés par l’éducation à s’interroger sur la possibilité de prendre de nouvelles initiatives vers les jeunes sortant du système scolaire sans diplôme (un jeune sur cinq en France est concerné). Depuis deux ans le réseau travaille et progresse sensiblement sur cette question.

Enfin, pour que ces différentes actions aient un lien entre elles, un grand rassemblement national des établissements scolaires17 est proposé une fois tous les trois ans sous la forme d’une rencontre des communautés éducatives pendant trois jours. Ces rencontres sont préparées par une équipe de pilotage constituée des délégués de trois établissements (un par région) et coordonnées par un Père Jésuite. Octobre 2015 est ainsi le 3ème rassemblement de ce type. Dans le cadre de ce projet, les élèves participent à une démarche éducative spécifique. Le cap qui leur est proposée cette année est « Dépasse tes peurs, traverse les frontières ».

La dimension internationale - caractéristique importante de La Compagnie de Jésus se vit à l’occasion des regroupements des chefs d’établissement du 1er et second degré dans le cadre d’une association européenne, le JECSE18. Elle associe les chefs d’établissements européens laïcs et jésuites. Ils se rencontrent régulièrement - au moins une fois tous les trois ans - autour d’une thématique internationale. Avec la Province belge (BML), les relations sont plus élaborées depuis une douzaine d’années. La session annuelle de formation des chefs d’établissement français organisée en France par le CEP-I est préparée une année sur trois avec les responsables de la tutelle belge et se déroule en commun alternativement en Belgique et en France.

Plus récemment en 2012, 60 pays représentant plus de 300 établissements scolaires, dont la France - ont participé à un rassemblement mondial sur l’éducation jésuite à Boston. Voici une des conclusions de cette rencontre :

« Notre collaboration visera à mieux servir la foi, la justice et le respect de l’environnement, établir des passerelles entre les jeunes et leurs communautés religieuses, développer des communautés apostoliques jésuites/ignatiennes plus fortes et donner à nos étudiants une chance de bénéficier d’une éducation réellement mondiale ».

Les textes-cadre d’Ignace-Education

Dans le temps et avec la participation du plus grand nombre, le réseau s’est doté de documents écrits qui une fois débattus, amendés et votés en AG font autorité pour tous. On peut les classer en deux catégories :

Des textes permettant aux établissements scolaires du réseau d’avoir un socle administratif commun, respectant les lois et décrets de la société civile, le statut de l’Enseignement catholique, les us et coutumes de la Compagnie de Jésus et tout autre document officiel. Dans cette catégorie se trouvent : la charte pour l’immobilier scolaire, le statut-type d’une association locale, le recrutement et la nomination des chefs d’établissement, le vadémécum du président de CA, la charte de l’administrateur, l’organisation et le déroulement des visites de tutelle.

Et d’autres documents fondant la spécificité catholique et la vision ignatienne pour tous les projets qu’ils soient pédagogiques, éducatifs ou pastoraux. Dans cette catégorie se trouvent les caractéristiques jésuites d’un établissement scolaire et le PAP : Projet d’Animation Pastorale. Ces deux derniers textes ont tous les deux été votés à l’unanimité. En voici quelques extraits parmi les plus significatifs :

Les caractéristiques d’un établissement scolaire jésuite (2010)

La première caractéristique retenue par le réseau est le magis défini ainsi dans le monde d’aujourd’hui :

« Un établissement scolaire jésuite est un lieu où se pratique un accompagnement personnel des élèves mais aussi des adultes qui forment la communauté éducative (parents, enseignants, salariés, bénévoles, membres des associations responsables et propriétaires, jésuites, anciens élèves...). Grâce à des entretiens réguliers, chacun est conduit à toujours faire un pas de plus pour développer le meilleur de lui-même, comme le signifie la tradition jésuite du magis . L’attention à la personne se vit également à l’égard de l’établissement : l’association responsable, avec l’appui de l’association propriétaire et en lien étroit avec le(s) chef(s) d’établissement, veille à la cohérence entre ce qui est dit et fait ».

Et la cinquième caractéristique qui fait le lien avec les exercices spirituels : « Les Exercices Spirituels de saint Ignace inspirent des manières de faire qui visent à l’unification de la personne et à son engagement dans le monde. Saint Ignace lie toujours intimement expérience intellectuelle et expérience spirituelle. Dans la tradition jésuite, il est essentiel de faire vivre une telle liaison, joyeuse et riche de sens. D’où l’importance de favoriser chez tous une vie intérieure, grâce à des pratiques qui donnent lieu à des reprises (relectures) : initiation à la prière, retraite de fin d’année ou dans la vie, travail entre enseignants sur les pratiques pédagogiques, célébrations, formations du CEP-Ignatien… Chaque établissement est appelé à toujours réinventer les espaces et les temps qui lui permettent de vivre ce qui est visé par ces caractéristiques ».

Le Projet d’animation pastorale (2012)

Voici comment le réseau a choisi de définir la pastorale en milieu scolaire :

« La pastorale concerne l’ensemble de la communauté éducative. Les membres de la communauté éducative adhèrent à un projet éducatif réfèré à l’Evangile, mais tous ne se sentent pas appelés à annoncer explicitement la Parole de Dieu ».

Quelques objectifs indiqués dans ce document pour notre réseau :

  • Valoriser le rôle des adultes, et notamment des enseignants. Les former à la manière de procéder jésuite ;
  • Favoriser entre nouveaux et anciens la transmission d’une tradition.
  • Redécouvrir notre responsabilité à l’égard de l’évangélisation des adultes. Certains parents, enseignants, éducateurs, membres du personnel, administrateurs, anciens élèves... ont des attentes. Des initiatives sont à prendre.
  • Trouver des moyens pour faire vivre une communauté́. Par exemple pèlerinage, rassemblement national ou régional du réseau, retraite dans la vie... où les adultes se sentent invités à venir ».

Une attention particulière en direction de la « jeunesse défavorisée »

Pour répondre à l’appel du Père Provincial de France en 2008 : 
« Quelles initiatives prenons-nous pour nous tourner vers la « jeunesse défavorisée » ? » Les associations locales et les établissements se sont interrogés en développant ou en créant de nouveaux projets. Ainsi l’école de Provence à Marseille a tissé des liens avec un collège catholique situé dans les quartiers nord ; l’école du Sacré-Cœur à Lyon a maintenu (contre vents et marées) des camions-école permettant d’établir une passerelle avec des enfants qui sans cela ne connaitraient jamais « une classe et une école » ; Tivoli à Bordeaux a répondu à la rentrée 2014 en ouvrant un micro-lycée pour élèves entre 18 et 25 ans, ayant décroché et désireux de renouer le fil des études secondaires et supérieures ; l’école de Production de St Etienne (AFEP) accueille depuis vingt ans des jeunes laissés sur le bord du chemin des autres lycées…

L’équipe nationale de tutelle – Le Conseil de Tutelle

Pour assurer le service de tutelle auprès des établissements comme des instances de l’Enseignement catholique, il a été nécessaire de créer des structures statutaires reconnues. Les deux premières ont été l’Equipe Nationale de Tutelle (ENT) et le conseil de tutelle.

Depuis 2011, compte tenu de la proximité des deux champs d’action, nous avons choisi de fusionner ces deux instances. Le Provincial nomme son délégué aux établissements scolaires (jésuite) et le responsable de l’Equipe Nationale de Tutelle (laïc). L’équipe est ensuite constituée conjointement par le responsable, le délégué du Provincial et le Provincial lui-même. Tous les membres doivent avoir l’agrément du Provincial. L’équipe comprend actuellement sept personnes, soit six laïcs et un Père jésuite. L’équipe est soudée et avant tout au service de la mission. Les membres agissent, décident et s’impliquent comme des « amis dans le Seigneur » à l’image d’Ignace et ses compagnons lorsqu’ils ont fondé La Compagnie de Jésus. L’équipe est mixte (hommes/femmes) diversifiée (APS, président de CA, ancien Chef d’Etablissement. Deux membres sont actuellement salariés, les autres sont bénévoles. L’équipe s’étoffera dans le temps si nécessaire.

Le Conseil de tutelle national se réunit pour des journées de travail permettant de faire le point sur l’évolution des projets éducatifs, les questions pastorales et sur des difficultés rencontrées sur le terrain. L’équipe de tutelle se répartit les responsabilités, propose des réponses aux questions posées, prend des décisions elle-même ou soumet des avis au Provincial avant décision. Le conseil est convoqué pour des actes importants comme la nomination des chefs d’établissements (une vingtaine de nomination en sept ans). Il est également convoqué pour se prononcer sur des demandes de partenariats, de fusions d’établissements et pour des dévolutions de tutelle vers la Compagnie de Jésus.

« Chaque autorité de tutelle est assistée d’un conseil de tutelle. Ses membres siègent à titre personnel, par appel et mission de l’évêque pour la tutelle diocésaine et du supérieur majeur ou de la supérieure majeure pour les tutelles congréganistes. Pour les tutelles congréganistes, le supérieur majeur ou la supérieure majeure, avec la personne éventuellement déléguée, pourvoit à sa composition et définit son mode de fonctionnement, dont la présidence ».19

L’Equipe Nationale de Tutelle rencontre et accompagne les communautés éducatives, au premier rang desquelles les équipes de direction, prévoit l’animation du réseau, évalue des projets lors des visites de tutelle et porte le souci de la communication des actions éducatives, pédagogiques ou pastorales en interne et à l’extérieur afin d’assurer une visibilité du réseau au sein de l’Enseignement catholique20.

Le responsable de l’Equipe Nationale de Tutelle participe aux instances diocésaines : conférences des tutelles, assure des mandats dans certaines instances diocésaines aux CODIEC et aux CAEC et actuellement au conseil d’administration de l’URCEC.

Organisation et animation des visites de tutelles

Elles ont lieu au moins une fois tous les trois ans, davantage si nécessaire selon une organisation et un déroulement identiques à tous les établissements. Un texte-cadre permet aux chefs d’établissement de préparer cette visite qui constitue toujours un temps fort dans la vie de l’établissement qu’ils dirigent. « La visite de tutelle permet d’aller à la rencontre de la communauté éducative dans la diversité́ de ses membres.

C’est l’occasion d’entendre les acteurs, de reconnaître leur action, de dialoguer avec eux. La visite de tutelle doit permettre de faire le point sur la mise en œuvre du projet éducatif de l’établissement, sur l’implication des membres de la communauté éducative. Elle favorise un discernement commun des évolutions utiles. Les visites de tutelle doivent être aussi fréquentes que possible ; elles revêtent des formes variées, définies par chaque autorité́ de tutelle, en conseil de tutelle »21.

L’expérience des dernières années confirme pleinement l’intérêt de ces visites qui sont depuis longtemps une pratique jésuite au service des établissements du réseau. Outre l’intérêt premier pour l’établissement visité d’être écouté et questionné sur la mise en œuvre de son projet éducatif, on peut aussi noter que côté visiteurs les membres du réseau sont très majoritairement demandeurs d’aller en visite dans d’autres établissements à la rencontre des communautés éducatives. C’est une expérience pratique de bienveillance, d’écoute et de mutualisation. C’est aussi un exercice d’écriture d’un rapport rédigé par tous les visiteurs qui doivent avant officialisation de celui-ci se mettre d’accord sur l’intégralité de ce qui sera écrit. Depuis trois ans, ce document complet est lu à la communauté éducative tout entière, puis transmis au directeur diocésain pour information.

Une attention toute particulière pour la formation initiale et continue au charisme

La formation est une nécessité si l’on veut que réellement la pédagogie ignatienne puisse se poursuivre durablement dans tous les établissements scolaires sous tutelle de la Compagnie de Jésus. Si la formation aux caractéristiques jésuites d’un établissement scolaire et à la pédagogie ignatienne est confiée et assumée par le CEP-I22, la tutelle propose également chaque année en plus de l’assemblée générale nationale qui dure deux jours, une journée de rencontre/ formation avec les présidents des associations responsables, une autre avec les présidents des associations propriétaires, une avec les représentants de la tutelle dans les conseils d’administration et une autre avec les chefs d’établissement et les adjoints en pastorale scolaire.

Ces temps autour de thématiques propres à chacune des catégories permettant d’aider les uns et les autres à mieux exercer leurs propres responsabilités constituent aussi des moyens essentiels de connaissance et de relations humaines indispensables à l’intérieur du réseau.

Il est nécessaire que les tutelles congréganistes poursuivent ces formations au charisme en les renouvelant au fil du temps afin que l’ensemble des acteurs pédagogiques et éducatifs en charge des élèves puissent pleinement inscrire leur action professionnelle quotidienne dans l’esprit de la spiritualité à laquelle ils se réfèrent.

Bruno Tessier Responsable Equipe Nationale de Tutelle Compagnie de Jésus

Thierry Lamboley sj Délégué du Provincial de France de la Compagnie de Jésus pour les établissements scolaires

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