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"Je suis nouveau mais je me soigne" Ecole Saint-Joseph de Reims

Portrait de Benoît Piétrement, directeur de l’école Saint Joseph à Reims.

Isabel Jubin : Cher Monsieur le directeur, allons droit au but : qui êtes-vous et d’où venez-vous ?

Benoit Piétrement : J’ai 39 ans et je suis marié avec la femme que j’ai connue au lycée, et avec qui j’ai le bonheur d’avoir une fille de 11 ans .

Isabel : Comment avez-vous connu Saint Jo ?

Benoît : De manière providentielle : quand j’étais professeur stagiaire, j’ai effectué plusieurs stages à Saint-Joseph. Je m’étais dit à cette époque que ce serait vraiment bien si un jour, je pouvais revenir dans cette école. Après mon stage, j’ai enseigné à Sedan, à Vitry le François et à Epernay où j’ai également dirigé une école de 6 classes sous tutelle diocésaine tout en ayant un poste d’enseignant à plein temps. Ensuite, j’ai eu envie de découvrir d’autres horizons et j’ai accepté le poste de chef d’établissement du premier degré à l’Institut Stanislas de Saint-Raphaël. Très vite pourtant, j’ai souhaité revenir dans la Marne et inscrire ma fille en 5e à Saint- Jo. A cet effet, j’ai rencontré le Père Boca et au final, c’est ma fille et moi qui avons intégré l’ensemble scolaire. « Deux pour le prix d’un !! »

I : Comment se sont passées les premières prises de contact avec l’équipe enseignante ?

B : Il se trouve que j’en connaissais déjà la moitié, ce qui a facilité les premiers contacts et j’ai senti que l’équipe était stable et soudée .

I : Qu’ont-pensé les enseignantes de ce jeune directeur ?

B : Je pense que le contact a été vite établi et que la confiance mutuelle s’est rapidement installée. De plus, je connaissais déjà les traditions de l’école auxquelles les enseignantes sont attachées. Je savais, par exemple, que les enfants portent des blouses de la couleur de leur choix, que chaque vendredi avant les vacances, l’uniforme est à l’honneur lors des temps de rassemblement et de messe et lors de la remise des rubans. En effet, toutes les semaines, nous remettons à chaque enfant son carnet de suivi sur lequel figure une étoile s’il a obtenu de bonnes appréciations sur son comportement et sur son travail. Au bout de 3 étoiles, nous lui remettons une récompense : le ruban bleu et tous nos encouragements !

I : Avez-vous apporté des nouveautés ?

B : Au sein de l’équipe enseignante, j’ai proposé de mettre en place un travail par cycle. Plusieurs séances de travail ont déjà eu lieu. Nous explorons de nouvelles pistes de travail et les enseignantes sont motivées grâce aux encouragements qu’elles ont reçus lors des récentes visites d’inspection qui ont eu lieu depuis la rentrée. J’ai aussi instauré la pratique de l’anglais en petits groupes, en grande section de maternelle en faisant intervenir un professeur du collège. Les enfants, les parents et les enseignantes sont ravis de cette nouveauté ! J’ai mis en place la troupe théâtre de l’école primaire composée d’élèves de 7ème. Nos répétitions se déroulent tous les lundis après le repas dans la joie et la bonne humeur ! J’ai également fait découvrir aux élèves l’accordéon, je joue en effet de cet instrument lors des messes et des célébrations. Les parents semblent apprécier cet accompagnement musical peu répandu et les enfants ont été très curieux et m’ont posé beaucoup de questions.

I : L’étonnement justement .Quel rapport d’étonnement feriez-vous au bout de 6 mois de vie dans votre nouvelle école ?

B : Je suis très agréablement surpris du travail effectué par niveau. En effet, à partir de la 11ème, il y a deux classes par niveau et les deux enseignantes de chaque niveau travaillent en binôme : chaque semaine, le binôme se réunit pour mettre en place la programmation hebdomadaire et les évaluations communes.

I : Quel est le meilleur moment de votre semaine de travail ?

B : Avec les enfants, c’est l’atelier de théâtre du lundi. Je suis un passionné de théâtre et j’essaie de faire partager ma passion aux trente enfants de l’atelier. Nous allons donner une représentation de « Knock » à la fin de l’année. J’apprécie aussi particulièrement le moment où je remets le ruban aux enfants de la « CLIS » (classe d’inclusion scolaire) composée de 10 enfants de 7 à 11 ans présentant un retard important dans les apprentissages scolaires. C’est en effet très émouvant quand, ensemble, nous comptons leurs étoiles. Avec les enseignantes, ce que j’apprécie le plus, ce sont les temps d’échanges que nous avons planifiés et pendant lesquels elles peuvent librement me parler de chaque élève de leur classe. C’est aussi un moment d’accompagnement où joies et peines peuvent se partager fraternellement.

I : Si vous aviez une baguette magique, que demanderiez-vous ?

B : Sans hésitation, un beau préau pour mes élèves ! Je croise les doigts ; je crois bien que ce rêve devrait se réaliser cet été.

I : Enfin, et c’est peut-être la question par laquelle j’aurais dû logiquement commencer : Qu’est-ce qui vous a conduit à l’enseignement, vous qui avez tous les stigmates de la vocation d’enseignant ?

B : Ce ne fut pourtant pas ma première orientation. Après le bac, je n’avais pas d’idée précise sur le métier que je voulais exercer. J’ai entrepris des études de commerce mais je n’y ai pas trouvé mon épanouissement. Parallèlement, je faisais du bénévolat à l’association des paralysés de France et auprès des enfants d’ ATD quart-monde. Ce fut une révélation ! Alors je suis reparti pour des études de sciences de l’éducation à Paris Et me voilà à Saint-Jo ! J’ai le bonheur de découvrir cette année le réseau jésuite et j’ai pu constater l’ouverture d’esprit de chacun, notamment, à Porto, en septembre. J’apprécie beaucoup les rencontres trimestrielles entre les chefs d’établissement primaire des écoles jésuites de France. Nous pouvons ainsi partager nos expériences. Prochaine réunion en mai à Paris.

I : Un dernier message ?

B : Je remercie le réseau jésuite de m’avoir accueilli. Je ne savais pas si j’obtiendrais le poste car je ne venais pas d’un établissement jésuite. Je me demandais s’il existait un profil type !...

A présent, j’apprécie de faire partie du réseau. Je travaille tous les lundis avec le Père Boca et les préfets du collège et du lycée. En confidence : on nous surnomme « les Dalton ».

I Votre métier d’enseignant ne vous manque-t-il pas ?

B : Je n’en ressens pas vraiment le manque car je suis toujours proche des enfants dans mes diverses missions de chef d’établissement. Je suis heureux d’être à leurs côtés. Et je ne suis pas contre un court remplacement à faire de temps en temps !!!