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"Je suis nouveau et je me soigne" : Laurent Poupart

Portrait du nouveau directeur de Franklin : Laurent Poupart. Marié, trois enfants de 16, 18 et 20 ans

Avant de composer cet article, je n’aurais jamais dû chercher à me tuyauter, à lire par exemple celui, paru dans le très beau journal de l’école. Fausse bonne-idée pour trop bien faire et ne pas partir sans « biscuits ».

Je suis ressortie de cette lecture avec le sentiment d’avoir affaire à une image d’Epinal, quelque chose de trop parfait ; donc méfiance !Jugez- en.

Études dans l’enseignement catholique à Nantes, Étudiant salarié pendant toutes ses études de géographie humaine puis spécialisation autour des sciences humaines de la mer. Laurent travaille sur l’histoire de la conserverie de poissons à Nantes jusqu’au 20e siècle !! Service militaire dans la Marine Nationale sur le théâtre des opérations au Liban (année 80)

Retour en France et première expérience dans l’enseignement primaire puis professeur au Loquidy. Il découvre sa vraie vocation : l’enseignement ( il a d’ailleurs gardé 2h de cours au lycée à Franklin : « ne jamais quitter tout à fait le terrain ! »). Il y reste 12 ans. Il connait bien la spiritualité Lassalienne, elle a irrigué toutes ses études.

Il y oriente sa carrière sur 3 axes : la formation spirituelle, la formation informatique et la gestion : volonté d’ouvrir le métier ; pionnier de « l’Informatique pour tous ».

Dans la foulée il soutient un mémoire de maitrise en concevant un logiciel pédagogique destiné aux enseignants et assure des cours à l’Université de l’ouest sur ce thème. « C’est la quête du sens et du projet associés ». La formation à la gestion prit la forme d’un DESS de management et de gestion des entreprises ; il se prépare à diriger le collège du Sacré-Cœur de Pornichet.

En 2003, appelé par l’évêque de Nantes et le directeur diocésain, il prend la direction de ND de l’espérance à Saint-Nazaire : 900 jeunes de la seconde au BTS avec un internat de plus de 200 élèves . S’il ne souffre pas de harcèlement textuel le BOEN n’est tout de même pas « son passe-temps central » (je vous rassure tout de suite, nous verrons plus loin que d‘autres lectures plus attrayantes sont aussi son lot ).

Ses héros ; le père Maximilien Kolbe et Marthe Robin. Puis récemment, c’est vers la pensée du Père François Varillon qu’il se tourne (Nous nous approchons !)

Et le voilà à la tête de Saint Louis de Gonzague, un beau matin de septembre.

Premier contact, je propose un entretien téléphonique. Pas question, il faut qu’on se voit et il choisit un bar à Saint Germain des Prés.

Rencontre du « mouton à 5 pattes »

Je n’ose aborder d’emblée la seule question qui m’intrigue : qu’est ce qui, dans ce tableau va rendre les choses moins parfaites ? et décide de la réserver pour la fin …si je sens que je peux la poser.

J’attaque par une question plus classique.

Isabel J : Quelle est, dans ton corpus de formation celle qui te paraît primordiale dans ta mission ?

Laurent Poupart : J’ai envie de te répondre de la façon suivante : parmi les témoignages de sympathie et de reconnaissance que j’ai reçus avant mon départ de Saint-Nazaire, celui qui m’a le plus touché c’est celui d’un père de famille qui m’a dit en me quittant : « vous avez fait de ma fille une belle personne ». Pour moi c’est cela qui contient toute ma vocation au delà de toute formation particulière.

IJ : Comment vas-tu t’y prendre dans un contexte différent ? Avec quels moyens ?

LP : Le jour de la rentrée, j’ai utilisé le même thème central pour m’adresser aux élèves, aux professeurs et à l’équipe de direction ; Il tient en 4 verbes « dire », « faire », vivre », « croire ». J’ai décliné ces messages autour de la cohérence et de l’exemplarité pour tous, quel que soit son rang ou son statut dans l’école. Je me veux avant tout fédérateur et créateur de transversalité. Cela passe par des petites choses toutes simples comme d’aller régulièrement faire un tour au réfectoire, être aux entrées et sorties des élèves, comme par des projets plus élaborés .

IJ  : Qu’est-ce qui t’a étonné au cours de ce premier mois ?

LP : Je sens un grand enthousiasme, un dynamisme inouï pour les projets dans tous les sens, une implication incroyable des parents dans l’engagement pastoral. IJ  : Y en a-t-il qui te paraissent de voir être repensées ?

LP : je voudrais les pousser à organiser cette profusion et cette complexité autour de plans de travail communs. Mettre de la clarté dans les multiples programmes culturels et de voyage. Donner plus de visibilité. Un exemple : Réunir les préfets, secrétaires et DAF pour construire un dossier administratif commun pour chaque élève, lui donner une cohérence et une unité. Nous avons mis en chantier une modeste « feuille de route » hebdomadaire pour que tous les acteurs du collège soient informés de ce qui se passe en temps réel dans la maison. Je me rends compte que Franklin a longtemps été en avance sur beaucoup de plans : les langues vivantes et l’international, les échanges, l’accompagnement des élèves, la pastorale. Mais le contexte a changé et j’aimerais reprendre chacun de ces secteurs, revoir par exemple la coordination entre l’aumônier les APS et les parents.

Ma mission explicite c’est 1- de faire le lien entre le petit collège et le grand, en donnant toute sa place au directeur du primaire avec un statut de chef d’établissement à part entière au côté du coordinateur et de ce fait co-présider avec elle le CD, le CE le CHSCT. 2-Conduire l’ouverture sociale. Là dessus je m’interroge beaucoup sur la façon de donner des signes visibles d’accueil de la différence. Et surtout qu’elle ne soit pas un alibi. Nous avons un partenariat pédagogique et culturel avec le Lycée H. Wallon d’Aubervilliers, où nous avons trouvé un terrain clair et limpide, des équipes débarrassées des poncifs et des idées toutes faites sur Franklin et inversement. Une rencontre avec M. Llanos sur les enfants à besoins éducatifs différents. J’espère beaucoup de ces premiers échanges. Nous avons ébauché un programme de rencontres qui doit nous conduire vers un partenariat toujours plus proche

(J’ose alors poser la question qui me brûle les lèvres depuis le début) IJ : Ya-t-il une faille, un manque dans cet ensemble ? Quelque chose qui te rendrait moins exemplaire, moins parfait ? Moins image d’Epinal.

LP ; il rit et avoue, « Je n’étais pas du réseau »

IJ : Tu n’as jamais pensé que l’apport d’une autre spiritualité pouvait donner des ouvertures, sans cela nous fonctionnerions en endogamie ?

LP : Et puis je n’aime pas les conflits.je n’aime pas les rapports frontaux. Je suis partisan des solutions gagnants-gagnants. Pour cela, Je laisse à mes collaborateurs la possibilité de s’exprimer jusqu’au bout dans leur aide à la décision, que j’assume ensuite pleinement. Je prends le temps de recevoir les gens, et de dénouer des situations avant qu’elles ne deviennent des nœuds. Anticiper le conflit par la réflexion et l’échange : confrontation , oui ; affrontement , non. J’aime rire mais je ne sais pas raconter d’histoires drôles.

IJ  : y a-t-il une question que tu attendais et qui n’est pas venue ?

LP : Je m’attendais à un questionnaire genre « portrait chinois »

IJ : qu’à cela ne tienne ! Si tu étais une voiture ? Je serais une moto ! Si tu étais un animal ? Un Labrador (il est fidèle et pataud) ?? Si tu étais une pièce de théâtre ? « Cyrano de Bergerac » j’ai une passion pour ce personnage. Si tu étais un film ? « Les demoiselles de Rochefort » (romantique et fleur- bleue) Et un auteur ? Tous les Américains ; de Philip Roth à Paul Auster en passant Fitzgerald et Salinger. J’aime l’Amérique de la côte Est. Je rêve de vivre à Cape- Code sur les traces de Gatsby le magnifique. Mais je suis très heureux d’être Français.

IJ : Merci mon Dieu, ce n’est pas une image d’Epinal mais un chef d’établissement sympathique, ouvert et heureux des challenges qui l’attendent et qu’il espère.