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Éduquer, c'est espérer

Nous commençons une série d’extraits d’articles du Hors-série Christus sur la pédagogie ignatienne. Certes c’est une manière de vous mettre l’eau à la bouche ! Mais plus sérieusement, c’est surtout une façon de nous mobiliser les uns les autres pour nous approprier notre tradition éducative pour mieux accomplir la mission qui nous a été confiée.

Pour en savoir plus sur le Hors-Série Christus

Nous avons choisis trois paragraphes situés à trois endroits différents de l’article de Marguerite Léna. Pour chacun nous donnons l’inter-titre qui correspond à sa position dans l’article. Nous faisons également suivre chaque paragraphe de quelques pistes de réflexion pour tirer un profit plus grand de sa lecture.

Extrait de l’article de Marguerite Léna, "Éduquer, c’est espérer", Christus n°230 HS, p. 131-140.


Marguerite Léna est membre de la communauté apostolique Saint-François-Xavier. Agrégée de philosophie, elle a longtemps été professeur de philosophie à Sainte-Marie de Neuilly. Elle enseigne au Centre Sèvres, facultés jésuites de Paris, et au Studium du diocèse de Paris. Elle est également l’auteur de nombreux articles et livres dont « Le Passage du témoin » et « L’esprit de l’éducation » aux éditions Parole et Silence.


Un lieu d’espérance

Toute espérance porte sur l’avenir, c’est-à-dire sur ce qui n’est pas encore là, un invisible dont elle affirme résolument la promesse, des possibles inédits qu’elle contribue mystérieusement à actualiser. D’autre part, l’espérance est toujours en relation avec les puissances du désir. Espérer, c’est toujours attendre un bien, mais le plus souvent un bien indéterminé, qui ne se laisse pas circonscrire en tel ou tel objet précis, qui les englobe et les dépasse en une sorte d’audace à la fois humble et inconfusible. Par là même, l’espérance se distingue de l’optimisme juridique ou technique d’un sujet maître de ses projets, pour orienter notre attention et notre attente vers un don gratuit, excédant nos prises, déroutant notre « pouvoir de pouvoir » (Emmanuel Levinas). Ce sont les pauvres, nous rappelle Bernanos, qui sont les « sourciers de l’espérance ».

  • Comment le mot espérance vient-il éclairer mon expérience en matière d’éducation ? Quel exemple jaillit spontanément de ma mémoire ?
  • L’article prend le soin de distinguer l’espérance de l’optimisme. Puis-je me rappeler le parcours d’un élève, des relations avec un collègue ou une famille qui illustrent ces propos ?
  • Les pauvres "sourciers de l’espérance" dit Bernanos. Comment cette évidence me travaille-t-elle ?

Recevoir et donner la vie

Si la relation parentale se révèle comme un lieu d’espérance, c’est que le don de la vie est véritablement un don, c’est-à-dire un dessaisissement au bénéfice d’un autre. Donner d’être, c’est confier un être à lui-même pour qu’il dispose de soi. Je donne tout ce que j’ai. Je suis homme et je lui donne d’être homme, je lui donne la totalité de ma dignité. Mais je lui donne même ce que je n’ai pas, ou ce que je n’ai plus : une enfance, une innocence, des capacités créatrices que je ne possède pas nécessairement et que je vois jaillir, avec émerveillement, en celui auquel j’ai donné la vie. Curieusement, donnant tout cela, je suis moi-même promu dans et par le don. Je ne perds rien - ce qui ne veut pas dire que je ne renonce à rien -, mais, bien plus, je reçois. Devenir père et mère, c’est, grâce à ses enfants, une promotion dans l’ordre de l’existence. Reconnaissons ici encore, dans cette fécondité inattendue d’un don, le climat même de l’espérance.

  • "Donner d’être, c’est confier un être à lui-même pour qu’il dispose de soi." Comment ce don dit-il quelque chose de l’éducation dans un établissement scolaire jésuite ?
  • En donnant, je suis promu ! Quelle situation puis-je évoquer pour illustrer cette affirmation ?
  • Dans quelle mesure cet article résonne-t-il avec mon expérience d’être père ou mère, si tel est le cas ?

Annoncer Jésus Christ

A partir du moment où la relation éducative s’ouvre sur cet avenir d’enfant de Dieu, elle s’ouvre sur une réalité sur laquelle il est impossible de mettre la main ni même de mettre un nom. Au début de l’Apocalypse, il est promis à l’Église de Pergame qu’elle recevra un caillou blanc sur lequel est écrit un « nom nouveau que personne ne connaît, en dehors de celui qui le reçoit » (2,17). Comme parents, enseignants, éducateurs chrétiens, nous avons à regarder les jeunes qui nous sont confiés comme les détenteurs de ce caillou blanc, de ce nom nouveau. Un nom que nous-mêmes ne savons pas, mais que curieusement nous pouvons les aider à déchiffrer. Frère Roger, de Taizé, disait qu’éduquer un jeune, c’est l’aider à découvrir la petite part de « don pastoral » qui est en lui. Cela veut dire qu’il a une manière propre de se relier à Dieu et aussi de relier d’autres à Dieu. Mais il ne s’en rend pas compte, il ne le sait pas, ne le voit pas. De même qu’il faut révéler aux jeunes leurs dons en musique ou en sport, il faut aussi les rendre capables de déchiffrer leur don en Royaume, leur nom pour Dieu. Cela demande beaucoup de respect, de patience : nous ne sommes pas les maîtres de cette aventure ; c’est ce qui donne à notre espérance son caractère désarmé et fait de notre relation éducative un lieu de combat spirituel. Mais on doit respecter les délais de l’action de Dieu dans le cœur des jeunes : les germinations du Royaume ont-elles aussi leurs saisons qui ne sont pas forcément celles de notre météo personnelle ! Là encore, là surtout, le secret accompagne la croissance.

  • Ce paragraphe aborde les questions de pastorale, autrement dit d’ouverture à Dieu. Comment cette ouverture - et la manière dont l’auteur l’envisage - rejoint-elle ma façon d’aborder la pastorale ?
  • De même qu’il faut révéler aux jeunes leurs dons en musique ou en sport, il faut aussi les rendre capables de déchiffrer leur don en Royaume, leur nom pour Dieu. Quelle expérience déjà vécue ou dont j’ai été témoin rejoint ce que dit Marguerite Lena ?
  • La fin de l’article parle de la relation éducative en terme de "combat spirituel". Puis-je nommer tel ou tel lieu du "combat spirituel" qui est le mien et voir quelle espérance les sous-tend ?