Vous êtes ici : Accueil > Actualité

Décrochage scolaire : un défi à relever

La lutte contre le décrochage scolaire représente un enjeu majeur de cohésion sociale et d’équité du système éducatif. Les études rassemblées dans ce numéro de la revue Éducation & formations analysent les différentes situations et facteurs propices à l’abandon prématuré d’une formation. La connaissance des multiples causes du décrochage permet, en effet, d’identifier autant de leviers d’intervention publique pour prévenir l’échec et favoriser l’insertion des jeunes dans la vie professionnelle. A lire sans faute.

Voici l’avant-propos du numéro de la revue Éducation & formations. Il présente de façon synthétique le contenu des articles de la revue.

Le numéro peut être téléchargé dans son intégralité en version PDF en cliquant sur le lien qui se trouve ici.

La question du décrochage scolaire est un défi majeur posé à notre système éducatif, d’autant plus difficile à relever que la lutte doit être menée sur plusieurs fronts. Les causes du décrochage sont en effet multiples. De plus, le processus prend souvent sa source dans les premières années de la scolarité, mais il existe des facteurs déclencheurs tout au long du cursus scolaire. Enfin, aucune catégorie d’élève n’est a priori épargnée, même si les risques ne sont pas également partagés. Pour autant, ce phénomène n’est pas une fatalité. Des leviers d’action peuvent être activés pour prévenir les situations d’échec afin d’éviter le plus possible que le jeune sorte du système éducatif sans atout pour s’insérer durablement dans la vie professionnelle.

Tels sont, résumés à grands traits, les enseignements livrés par les articles de ce numéro.

L’étude de Cédric Afsa (Qui décroche ?) ouvre le dossier. Elle s’appuie sur une source de données permettant de suivre un panel représentatif d’élèves entrés en sixième au milieu des années 1990, et ce jusqu’à leur sortie du système éducatif. Ses nombreuses informations permettent de repérer les quelque 18 % de la cohorte qui ont abandonné leurs études sans obtenir de diplôme (autre que le brevet des collèges), et de les caractériser. À lui seul, le niveau insuffisant de ces élèves à l’entrée au collège explique près de la moitié du décrochage. Ceci confirme, s’il en était besoin, que la prévention doit commencer dès l’enseignement primaire. Mais elle ne doit pas s’y cantonner. Une attention particulière doit être constamment portée aux élèves les plus fragiles, c’est-à-dire ceux appartenant à des milieux sociaux défavorisés sur plusieurs plans (financier, culturel, etc.), en les accompagnant notamment dans leur orientation.

Les deux articles suivants lèvent partiellement un des inconvénients de l’étude précédente, qui ne peut utiliser que les informations disponibles dans la source de données et de ce fait passe à côté de facteurs explicatifs. L’étude de Maud Coudène (Les abandons d’études en cours de CAP), qui se centre sur le décrochage en cours d’études suivies pour obtenir un certificat d’aptitude professionnelle (CAP), offre à ce titre plusieurs avantages. D’abord, elle montre le rôle déterminant du niveau scolaire initial, à l’entrée du cycle de formation, et rejoint sur ce point les conclusions du premier article. Ensuite, elle revient sur la question de l’orientation en attirant l’attention sur une période-clé, celle où le collégien se destinant à la voie professionnelle choisit la spécialité de son cursus.

L’article de Joanie Cayouette-Remblière (Les écarts se creusent-ils en cours de collège ?) enrichit substantiellement l’analyse, même si, en contrepartie, ses résultats ne sont pas immédiatement généralisables car s’appuyant sur un corpus de données recueillies dans deux collèges d’une même commune. Cela n’atténue qu’à peine l’importance de ses conclusions, issues de l’observation fine des interactions entre les élèves « en danger » et la communauté éducative de l’établissement. Joanie Cayouette-Remblière montre combien l’ajustement des attentes et des perceptions des uns envers les autres est un processus délicat qui, lorsqu’il échoue, enclenche un enchaînement trop souvent constaté où le jeune lâche prise, ne devient plus maître de son orientation, et finit par abandonner. Une autre qualité de l’article est la pertinence de la catégorisation sociale des familles qu’il propose, en la fondant sur des marqueurs socioéconomiques (lieu et type de résidence, histoire migratoire) qui sont négligés par les nomenclatures usuelles.

À ce stade, la lecture des trois premiers articles donne du décrocheur l’image d’un élève qui cumulerait un ensemble de difficultés et ce depuis le début de sa scolarité. L’étude d’Isabelle Robert-Bobée (Les jeunes sortants sans diplôme : une diversité de parcours) vient à point nommé pour nous mettre en garde contre la tentation de dessiner le portrait-robot du décrocheur et, par voie de conséquence, de définir un seul mode d’intervention publique. Non, le décrocheur n’est pas toujours un élève en difficulté depuis qu’il est entré dans un établissement scolaire. Non, il ne suit pas toujours des voies tortueuses marquées par le redoublement ou la réorientation. À côté de ceux qui de toute évidence relèvent d’un accompagnement personnalisé, d’autres, plus nombreux qu’on ne l’imagine, ont suivi une scolarité sans problème, jusqu’au jour où… Ainsi, un sortant sans diplôme sur cinq était un bon élève en sixième. Tous ces sortants doivent être pris en charge par des politiques de prévention ou de remédiation adaptées aux différents profils.

Que le phénomène – complexe – du décrochage soit difficile à mesurer ne surprendra personne. Béatrice Le Rhun et Mireille Dubois (Les sortants précoces et les sortants sans diplôme : deux mesures des faibles niveaux d’études) passent en revue l’état de l’information statistique sur les jeunes sortis de l’enseignement secondaire sans diplôme. Contrairement à une opinion qui cherche à s’imposer, les indicateurs statistiques actuels sont cohérents. Simplement, ils mesurent deux faces différentes du phénomène. L’un compte le nombre d’élèves sortant chaque année de formation initiale sans être diplômés. Il est, si on veut, une mesure instantanée de la « performance » du système éducatif. L’autre évalue la proportion des jeunes âgés de 18 à 24 ans qui, au moment où la grande majorité d’entre eux arrivent ou sont déjà sur le marché du travail, n’ont pas de diplôme et en conséquence ne sont pas armés pour avoir des chances de s’insérer durablement. Cela étant, les auteurs ne cachent pas les difficultés actuelles posées par le défaut de précision statistique de ces indicateurs. Des progrès en la matière doivent être faits et certains sont possibles.

Le risque d’accentuer le décrochage était présent dans les esprits lorsqu’a débuté, en 2009, la mise en œuvre à large échelle de la réforme de la voie professionnelle. La question était de savoir comment se comporteraient les élèves – et en particulier les plus vulnérables – à qui on allait demander de passer le baccalauréat en trois ans au lieu de quatre. Il est encore trop tôt pour dresser un bilan assuré sur ce point. En revanche, Florence Defresne et Mireille Dubois (Le baccalauréat professionnel en trois ans après la troisième : vers une élévation du niveau des élèves ?) n’ont pas attendu pour livrer de tout premiers éléments d’évaluation de la réforme, en s’intéressant à l’autre question centrale, l’accroissement du nombre de bacheliers attendu par les pouvoirs publics. Florence Defresne et Mireille Dubois ont profité de l’existence simultanée, retracée dans leurs données, élèves ayant suivi le cursus en quatre ans pour accéder au baccalauréat, et d’autres entrés dans le nouveau régime créé par la réforme. Elles ont pu ainsi comparer les uns aux autres. Même s’il faut laisser passer encore un peu de temps pour avoir une vue plus complète de la réforme et de ses conséquences, les premières conclusions de l’étude indiquent clairement un impact positif des nouvelles mesures : les « nouveaux » bacheliers (i.e. ceux passés dans le nouveau régime) sont plus nombreux que les « anciens ».

Tout compte fait, à l’heure où l’équité de notre système éducatif est plus que jamais un impératif, il faut redoubler d’attention envers les plus fragiles de nos élèves. Les études rassemblées dans ce numéro ont identifié, chacune à sa manière, des situations ou des facteurs propices au décrochage, confirmant des constats déjà établis par d’autres voies. Ils doivent servir de points d’appui à la mise en œuvre de politiques adaptées, qui soient au service de la réussite de tous.

Cédric Afsa

Sous-directeur des synthèses

Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance