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Comment le Net révolutionne notre cerveau

Un article de Cécilia Gabizon, publié le 05/09/2011 dans le Figaro. L’intégralité de l’article se trouve sur le site figaro.fr est réservé aux abonnés. Nous n’en publions ici que des extraits.

En quinze ans, la révolution Internet nous a transformés. Notre mémoire profonde s’est affaiblie, tout comme notre capacité à lire de longs documents, et notre concentration a chuté. L’« Homo internetus » est définitivement dispersé, mais rapide dans ses décisions et plus créatif.

« L’Internet rend-il bête », comme le soutient l’essayiste américain Nicholas Carr, dont le livre sera traduit en français à l’automne ? Quinze ans après la révolution digitale, de récents travaux scientifiques viennent nourrir le débat. Des milliers d’enfants américains qui suivaient un cursus spécial, valorisant les nouvelles technologies, ont vu leurs résultats scolaires stagner selon une étude publiée ce week-end par le New York Times. Tandis que dans la même ville de Kyrene, en Arizona, les autres élèves progressaient. Les adolescents qui font leurs devoirs avec leur profil Facebook ouvert ont des résultats scolaires bien inférieurs aux autres, a établi le professeur Kirchner aux Pays-Bas. Tandis que le quotient intellectuel des adeptes du Net serait en chute, selon le British Institute of Psychiatry…

Les Cassandre redoutent qu’en confiant une part de notre cerveau à des machines l’Homo internetus perde sa capacité de penser vraiment. Le débat est ancien. Chaque révolution technologique a engendré ses craintes. L’écriture en son temps, l’imprimerie, la radio, puis la télévision ont fait l’objet de pronostics affolants. Si le cerveau est éminemment plastique, il n’est pas élastique. Avec Internet, des zones se développent, d’autres s’atrophient. « Sans mon téléphone connecté, je ne suis plus rien. Ma tête est vide », confesse Christiane, la trentaine, chef de projet. « Je cherche tout sur Google. » Désormais, nous externalisons une part croissante de notre savoir, de notre mémoire. On ne fixe plus les dates, les bibliographies… Puisqu’on les trouve d’un clic, sur la Toile. On les retient d’autant moins que l’on sait où les trouver, selon une étude publiée par la revue Science en juillet.

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Génération « multitâche »

Depuis des années pourtant, les jeunes vivent avec tous leurs écrans allumés, tapotant des SMS, conversant par messagerie instantanée, regardant la télé, tout en révisant leurs cours ! Les parents ont souvent douté de ces méthodes, mais l’idée s’est peu à peu installée : cette nouvelle génération serait « multitâche » : capable non seulement d’étendre le linge en écoutant la radio, comme nous l’avons toujours fait, mais aussi de mener plusieurs conversations de front. De taper un ­e-mail tout en consultant un site ou en téléphonant, ce qui sollicite les mêmes zones du cerveau.

Dans les entreprises, la génération Y, née dans le Web, impressionne par sa capacité à jongler avec les sollicitations. Le multitâche est devenu à la mode, valorisé comme l’incarnation de l’effica­cité, tel un joueur de squash qui renverrait toutes les balles. Seulement, patatras ! Jusqu’à plus amples recherches, les scientifiques ont pour l’instant constaté que seuls 2,5 % des sujets étaient réellement multitâches. Les autres restent absolument monotâches à en croire une étude conduite à l’université de l’Utah par le docteur J. Watson. Pis encore. Une étude de l’université de Stanford montre au contraire que ceux qui semblent mener de front mille activités ont « la plus faible capacité d’attention » de tous. Ils seraient menacés par l’épuisement mental, le fameux burnout ! Car « le cerveau n’arrive plus à traiter efficacement au-delà de deux tâches, assurent à leur tour des chercheurs de l’Inserm. Les sujets doivent alors abandonner une des trois tâches pour se concentrer sur les deux autres. » À partir de trois tâches, le nombre d’erreur devient exponentiel !

À long terme, il est possible que l’homme évolue avec son nouvel environnement. Mais il semble que l’attention n’est pas illimitée.